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La Bibliothèque de Valenciennes, inscrite en 1933 sur la première
liste des bibliothèques "classées", représente aujourd'hui un total de 1 500
manuscrits, 135 incunables, 2 000 postincunables et livres du 16e siècle, plus de
100 000
imprimés rares ou précieux du 17e au 20e siècle, et près de 85 000 dessins, estampes,
photographies ou cartes anciennes.
L'ancienneté des traditions culturelles hennuyères et l'importance
de Valenciennes - cité ducale puis capitale du Hainaut français - expliquent la richesse
encyclopédique et l'intérêt considérable des fonds bibliographiques qui se
répartissent en quatre grands ensembles :
- les fonds provenant de la bibliothèque des
jésuites
- les confiscations révolutionnaires
- les fonds particuliers
- les fonds d'intérêt local et régional
Ces derniers complètent harmonieusement les archives municipales.
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| la bibliothèque des jésuites |
Noyau initial des collections en raison de l'histoire de la bibliothèque, le fonds
de livres des jésuites est d'abord le reflet du programme d'études du collège de
Valenciennes - limité aux humanités - et le miroir de la spiritualité des prédicateurs
jésuites.
Les 3 000 volumes de cet héritage sont conservés dans leur cadre architectural d'origine et ils réservent
des surprises car près du tiers provient de legs de grandes familles patriciennes et
marchandes valenciennoises. Ainsi la bibliothèque de Valenciennes contient-elle
aujourd'hui, grâce à Louis de La Fontaine, dit Wicart et à Henri d'Oultreman de
nombreux livres d'histoire et de voyage comme le récit d'Eustache Delafosse en Afrique et
en Espagne (1479-1481), le premier récit personnel de voyage, rédigé en français,
connu.
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| les confiscations révolutionnaires |
La Bibliothèque de Valenciennes doit ses plus importantes collections
aux confiscations révolutionnaires, et tout particulièrement aux collections saisies à
l'abbaye de Saint-Amand et chez le duc de Croÿ.
Au premier rang des collections valenciennoises sont les livres de
l'abbaye d'Elnone fondée par saint Amand vers 639. Avec près de 300 manuscrits
médiévaux conservés, la bibliothèque de l'abbaye de
Saint-Amand apparaît comme une des plus importantes du Moyen Age. Un de ses
intérêts est de n'avoir pas été dispersée, exception faite d'une quarantaine de
manuscrits dérobés autrefois par Le Tellier, archevêque de Reims, aujourd'hui
conservés à la Bibliothèque nationale de France.
Parmi les manuscrits amandinois, un ensemble exceptionnel de 70
manuscrits datés du VIIIe au Xe siècle porte la marque de la Renaissance carolingienne
et de personnalités brillantes parmi les moines. Manuscrits d'étude, avant tout
consacrés à l'étude des sept arts libéraux, de la Bible et des pères, ils ne brillent
guère par leur décor, excepté la célèbre Apocalypse
valenciennoise (ms 99). Le contenu de ces manuscrits est par contre des plus
précieux, à l'image du manuscrit 150 qui abrite la Cantilène de sainte Eulalie,
le plus ancien poème de langue française connu.
Les 120 manuscrits des XIe et XIIe siècles témoignent de
l'importante activité du scriptorium, alors devenu "manufacture de beaux
livres religieux" selon André Boutemy, avec une période d'éphémère splendeur
après 1250 : les huit portraits de la vie de Saint-Amand (ms
501), les cinq tapis à pleine page et les lettres ornées de la Bible
signée par Sawalo (ms. 1-5), ou la crucifixion attribuée
au "Maître byzantinisant" (ms. 108) sont des chefs d'oeuvre de l'art roman.
Au delà du XIIe siècle, 5 000 manuscrits et imprimés conservés -
sans doute plus de 10 000 à l'origine - préservent l'essentiel d'une bibliothèque
bénédictine classique avec un fonds profane particulièrement fourni comme en témoigne
la présence parmi les livres de l'Encyclopédie de D'Alembert et Diderot ou de l'Histoire
naturelle de Buffon.
A côté de ce grand ensemble, l'apport des autres bibliothèques
d'origine écclesiastique saisies dans les couvents et abbayes de Valenciennes,
Saint-Saulve, Vicoigne, Hasnon, Haspres, Saint-Ghislain... est mince - quelques
centaines de volumes - sans que l'on sache précisément s'il y eut tri ou utilisation
intempestive par les artilleurs chargés de défendre Valenciennes en 1793. En 1994 fut à
son tour déposé à la Bibliothèque, un petit manuscrit sauvé des confiscations
révolutionnaires par les Récollets de Valenciennes et abrité par hasard depuis lors
dans les archives paroissiales de Notre-Dame : il contient les Regrets (ms 1202), admirable récit de la mort de la
comtesse d'Alençon, Jeanne de Châtillon, à la fin du XIIIe siècle.
Discrète dans les collections précédemment évoquées, la part des
Lumières, celle de l'actualité et de la modernité, sont importantes dans les
collections nobiliaires saisies en 1793. La bibliothèque
encyclopédique des ducs de Croÿ saisie à Condé-sur-l'Escaut forme, avec plus
de 2 000 titres conservés, un remarquable ensemble. Quelques riches manuscrits de la cour
de Bourgogne comme le Miroir d'humilité (ms 240) ne
doivent pas faire oublier qu'il s'agit d'une collection essentiellement constituée au
XVIIIe siècle, d'abord par le prince Alexandre-Emmanuel de Croÿ ( 1676-1723), grand
amateur de curiosités, esprit libre durant la "crise de conscience
européenne", puis par le maréchal et célèbre mémorialiste Emmanuel de Croÿ
(1718-1784), "esprit pieux et philosophique", passionné par son métier
militaire, par l'histoire, les sciences, la géographie et les grands voyages.
Ces grandes collections encyclopédiques, complétées par des legs et
des dons de l'Etat durant le XIXe siècle, s'accroissent désormais grâce aux achats de
la bibliothèque qui s'efforce de conserver, au-delà du service de lecture publique, un
témoignage sur les savoirs et les doutes contemporains.
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Depuis le XIXe siècle, la Bibliothèque de Valenciennes a reçu en
legs d'importants ensembles de livres, souvent thématiques, qui forment aujourd'hui
autant de fonds particuliers.
La bibliothèque de Joseph-M.-G. Bénézech
de Saint-Honoré (1794-1850), maire de Vieux-Condé et neveu du Ministre de
l'Intérieur, léguée en 1850, forme comme le prolongement de la collection des ducs de
Croÿ, par ses beaux livres d'histoire, de botanique - passion de Bénézech - et de
voyages. C'est un véritable "cabinet choisi" de 4 000 livres célèbres pour
leur typographie ou leur illustration : les Alde, Estienne, Tory, Plantin ou Elzevier y
côtoient les grands imprimeurs novateurs du 18e et 19e siècles, les Baskerville, Bodoni
et Didot dans d'élégantes reliures signées Bozérian, Thouvenin ou Bauzonnet-Trautz.
Les 10 000 livres légués par Alfred Girard
(1837-1912), sénateur républicain du Nord, proviennent de la bibliothèque d'un ancien
avocat, homme de goût et parlementaire sous la IIIe République. De nombreuses éditions
originales d'auteurs des 19e et début du 20e siècle, de belles éditions illustrées
(Johannot, Granville, Doré, Gavarni, Daumier, etc) présentent l'intérêt d'avoir été
reliées avec de nombreuses coupures de presse rendant bien compte de l'esprit à
l'époque. Alfred Girard, sénateur républicain, a surtout collectionné les ouvrages
relatifs à la Révolution française et notamment les livres et pamphlets prohibés
publiés sous l'Ancien Régime, ou les brochures et journaux révolutionnaires quelle
qu'en soit la provenance géographique.
Le fonds légué par le Général Louis Chéré
(1859-1920) passionné de géographie et d'histoire militaire de l'époque moderne,
révolutionnaire et impériale, contient 6 000 livres, estampes, images populaires et
caricatures, autographes, dossiers d'archives de l'armée d'Espagne... Il représente une
source non négligeable pour l'histoire de l'Empire et la légende napoléonienne.
Plus spécialisé apparaissent le fonds Clément-Carpeaux qui
contient la correspondance et les papiers du sculpteur Jean-Baptiste Carpeaux,
et le fonds Jules Mousseron (1868-1943). Propriété de l'Université de
Valenciennes, ce dernier regroupe des manuscrits, des imprimés et coupures de
presse ainsi que la correspondance du poète de la mine.
De même la collection Dauby est
consacrée aux livres de poésie, aux manuscrits et aux archives du poète Jean Dauby,
animateur du Centre Froissart jusqu'en 1997.
Le fonds Eugène Bozza (1905-1991)
contient les partitions manuscrites et imprimées du compositeur. Premier Grand prix de
composition musicale au concours du Prix de Rome en 1934, Eugène Bozza dirigea le
Conservatoire de Valenciennes de 1950 à 1975. Son oeuvre abondante comprend le célèbre
oratorio Le Chant de la mine (1934)
Quant aux quelques pièces relatives à Henri Wallon
(1812-1904), père de la constitution républicaine - documents d'archives, livres et
jaquette de l'habit d'académicien de Wallon - ce sont les rescapées d'une collection
pillée au Lycée Wallon pendant la première guerre mondiale.
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| les fonds locaux et régionaux |
Aux saisies révolutionnaires - dans lesquelles l'histoire locale et
les auteurs régionaux sont déjà bien représentés avec Froissart, Chastellain,
Molinet, Lemaire de Belges...-, la Bibliothèque de Valenciennes a peu à peu juxtaposé
une masse de documents d'intérêt valenciennois au sens large, pour la plupart légués
par des notables ou érudits locaux, ou bien donnés par les auteurs. Acquisitions de la
production d'aujourd'hui et achats rétrospectifs permettent de tenir à jour et enrichir
constamment ces fonds dits « locaux ».
Travaux d'historiens et d'érudits locaux, oeuvres de peintres et de
graveurs renommés ou de photographes amateurs, écrits, lettres, souvenirs de
Valenciennois anonymes ou illustres, livres, journaux, brochures, affiches issues de la production éditoriale locale... tout cela forme, à
côté des fonds d'archives municipales, une mine inépuisable pour l'histoire des
bouleversements politiques, religieux ou socio-économiques de la région. L'ensemble de
ces fonds contribue, au delà de l'histoire de la ville, à éclairer la riche
problématique de l'histoire urbaine des pays du Nord.
Certains fonds à dominante locale témoignent des passions voire des
manies de leurs anciens possesseurs.
Le legs de Maurice Bauchond
(1877-1941), avocat, président fondateur du Cercle archéologique et historique de
Valenciennes, spécialiste de droit hennuyer ancien, contient nombre de documents locaux
relatifs aux guerres de 1914 et 1940 ainsi que des livres de piété.
Le legs de Louis Serbat
(1875-1953), archiviste paléographe, grand amateur d'art et d'archéologie du Moyen Age,
recèle une foule de documents d'archives locales et régionales ainsi que de nombeuses
éditions anciennes du Nord de la France. En 1965, la veuve de Louis Serbat, Madeleine de
Vaufreland, légua aussi un portrait de Bardo Bardi Magalotti, premier gouverneur
français du Hainaut, attribué à Largillière, des tentures du XVIIIe siècle et plus de
250 coupons, barbes ou mouchoirs de dentelle
de Valenciennes, Bruxelles, Malines, Alençon (XVIIIe-XIXe siècles).
Toute cette documentation d'intérêt local contient une riche iconographie comme les aquarelles de Simon Leboucq (1650),
les albums de dessins de Louis Cellier (19e siècle), les cartes postales ou les précieux
daguerréotype et photographies sur plaque de verre déposés par le Cercle archéologique et historique de Valenciennes en 1994.
Cette iconographie est d'autant plus riche que les artistes originaires de Valenciennes ou
du sud du département du Nord sont légion : Watteau, Pater, Saly, Eisen, Auvray,
Carpeaux, Harpignies, Moyaux, Batigny, Crauk, Jonas, Matisse, Bétrémieux...
Des livres de bibliophilie
contemporaine viennent désormais régulièrement enrichir les collections.
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